bouc__missaire















Hier, dans la nuit du dimanche 11 mars 2007, au quartier Sidi Moumen à Casablanca, un cybercafé a été dévasté par un attentat suicide ayant causé un mort (le kamikaze) et trois blessés. Mais contrairement à la maxime populaire marocaine relative à « l’effondrement du minaret », ce n’est pas le « barbier » que les foules bien pensantes veulent lyncher, mais plutôt « les barbus ».

Je sens revenir le climat de psychose collective suscité par les évènements du 16 mai 2003. Nous sommes alors partagés entre les uns qui se posent des questions et les autres qui émettent des certitudes bien « cellophanées » tendant à désigner du doigt la barbe des boucs…émissaires, des boucs mal aimés, malodorants et malfaisants pour qui la barbe symbolise un élément de « l’uniforme spirituel », voire même « idéologique ». Cette polémique n’est qu’une manifestation du penchant de l'homme à chercher des boucs émissaires responsables de ses malheurs, d’«une faiblesse, d’un raccourci de l'esprit qui par paresse se refuse à voir la complexité des choses...».

Mais la question essentielle que les masses évitent de se poser au lieu de chercher plus loin c’est : qui sont réellement ces kamikazes, au-delà de leur appartenance idéologique, de leur « pilosité » caractéristique ou de leur singularité vestimentaire ? Il convient donc d’arrêter de nous en prendre à des individus et poser une question différente : Qu’est-ce qui cloche au Maroc pour avoir des individus désespérés et frustrés qui se font exploser la tronche ? Pourquoi la désespérance sociale se traduit-elle par des actes de terrorisme ?

La barbe !

Terroristes ! Il y a vraiment de quoi rire (jaune) dans sa barbe. Des jeunes femmes et hommes, des adolescent(e)s parfois qui n’ont même pas de barbe au menton . Des chômeurs, des individus frustrés et désespérés, instrumentalisés par des esprits criminels qui exploitent leur désespérance et le fait qu’ils n’ont rien à perdre (ni à gagner d’ailleurs).

Mais trêve d'abstraction rébarbative.

Nous sommes tous des victimes du terrorisme, barbus ou imberbes, tous autant que nous sommes. Nul besoin de regarder à droite, à gauche, ni en haut ni en bas. Il nous suffit de nous regarder dans le miroir pour trouver le responsable : nous-mêmes. Toute la société est responsable. Cette même société qui se désintéresse royalement des besoins des jeunes, de leur besoin de réussite, d’appartenance, et qui ne les aide pas à composer avec leurs frustrations. Pour le lien de causalité, nous avons l’embarras du choix : ces événements sont déclenchés par des facteurs variés qui vont de l’insalubrité des logements au chômage endémique dans les quartiers, en passant par la discrimination à l’embauche qui sévit à l’égard des jeunes stigmatisés par la précarité et leur appartenance sociale, des situations de la vie courante qui se passent sous notre nez et à notre barbe, des frustrations quotidiennes qui mènent tout droit vers le désespoir.