penseur

























Avant de m’inscrire sur le forum de discussion casafree, j’étais loin de me douter de l’ampleur du phénomène de l’athéisme au Maroc. Certes, je savais qu’il y avait des « moul7idins », mais je n’avais jamais côtoyé l’un d’eux ni entendu de déclarations « officielles » (voire même officieuses) émanant d’eux. Bien entendu, je voyais des gens boire de l’alcool ou manger de la viande de porc tout autour de moi, mais je n’interprétais pas ce genre de comportement comme de l’athéisme puisque je constatais que ces mêmes personnes restaient parfaitement croyantes tout en bravant les interdits religieux, pour ne citer que l’alcool et le porc. Mais depuis que je me suis inscrit dans ce forum, je fus frappé par la montée de ce phénomène au sein de la société marocaine. Les athées et agnostiques commençaient à s’exprimer, à la manière des coming-out des homosexuels, revendiquant leur existence et en tapant de manière plus ou moins structurée ou désordonnée sur la religion.

Dès lors, je me suis dit que le Maroc avait sans doute toujours été ainsi depuis des lustres, composé d’une communauté de croyants, et d’une frange méconnue de la société marocaine, d’une poignée d’athées « convaincus » mais vivant leur athéisme dans la clandestinité et auxquels Internet avait offert un support d’expression qui leur manquait, en leur permettant de sortir de l’ombre et de s’afficher, virtuellement au moins.

Curieux par nature, je me suis toujours demandé comment ces personnes en étaient arrivées à ce stade, de refuser de se soumettre à la religion, et être décidé, même, à la combattre. Cette attitude est-elle due à un environnement plus ou moins permissif, matérialiste et dépourvu de toute forme de spiritualité ? Ou, en revanche, a-t-elle été causée par un traumatisme affectif particulièrement marquant, « …par une expérience, souvent malheureuse, en tout cas rédhibitoire, dans la fréquentation… » du milieu religieux ? Une grand-mère, par exemple, bigote et dévote, mais rapiat, méchante ? Autant d’hypothèses à creuser.

Dans le même sens, je me suis également interrogé sur la question de savoir comment certaines personnes avaient pu dépasser ce stade de l’incroyance passive pour «…aboutir à un athéisme militant » et défendre des valeurs « sacrées » (le qualificatif est sans doute mal choisi) à leur yeux, à savoir : la tolérance, l’ouverture d’esprit, la laïcité et la liberté d’expression. De bien grands principes, souvent utilisés à tort et à travers pour tenter de justifier une irreligiosité que les athées n’arrivent pas à s’expliquer eux-mêmes. La tolérance qui, « …sous ses atours bienveillants… » constitue plutôt «…un mot de pouvoir, puisque tolérer, c’est laisser exister ce qu’on pourrait interdire ». L’ouverture d’esprit, souvent auto-proclamée, mais qui ne se décrète malheureusement pas : n’est pas ouvert d’esprit qui veut. Une laïcité utilisée à la manière d’un cheval de Troie afin d’écarter la prépondérance de la religion sur les aspects de la vie sociale. Enfin, une liberté d’expression particulièrement « intolérante » et destinée exclusivement à critiquer et à dénigrer la religion et tout ce qui gravite autour.

C’est ainsi que j’ai vu les athées et agnostiques de casafree s’en prendre à la religion en vue de tenter de prouver l’inexistence de Dieu et d’établir que les religions ne sont que le produit de l’esprit humain. J’ai alors assisté à un véritable « prosélytisme irréligieux » entourant leurs interventions et leur servant de leitmotiv à toute tentative de démonstration. Cet exercice est sans doute salutaire (de leur point de vue), mais il n’aboutit pas pour autant à prouver objectivement l’inexistence de Dieu. La référence à l’Histoire en vue d’établir que des guerres et des génocides ont été menés au nom de Dieu ne sert à prouver que les religions seules portent, par leur existence même, tous les maux que les athées leur imputent.

J’ai été surtout particulièrement frappé par le « militantisme irréligieux » de certains athées, dont la rigueur de la méthode et l’intensité de la passion qu’ils déploient n’ont rien à envier à celles des dévots et fanatiques religieux de tous bords. C’est ainsi que j’ai constaté que certains athées parlaient exclusivement de religion au moins autant que certains croyants dits « fanatiques », et que leur prétendue « tolérance » n’avait d’égal que l’intolérance qu’ils reprochent eux-mêmes aux fanatiques qu’ils combattent. Une sorte d’antithèse du fanatisme, tout aussi nocive et pernicieuse que ce dernier. En définitive, j’ai conclu que les athées marocains, en refusant de croire au message de l’Islam, substituaient cette croyance à d’autres « vérités » scientifiques (évolutionnisme) et ne « juraient » que par certains ouvrages ou revues spécialisées, « Science & Vie » (la nouvelle « bible » de Soufiane ;-) et « Telquel » (le bastion de la presse laïque par excellence).

Bref, l’athéisme a largement dépassé l’étape d’attitude rebelle à la religion pour tenter purement et simplement de s’y substituer : en devenant athée, l'individu ne fait que remplacer son ancienne croyance avec de nouvelles « vérités », de nouveaux dogmes qu’il juge inattaquables. Ce mimétisme « inversé » est tout à fait compréhensible, puisqu’il est dans la nature de l’être humain de croire en certaines idées, d’y adhérer et de les défendre. Ce n’est qu’une manifestation de la philosophie chinoise du Yin et du Yang, d’autant plus que, de ce point de vue purement ésotérique, croyants et athées s’avèrent être deux catégories symbiotiques et complémentaires, mais farouchement opposées entre elles dans la réalité du fait d’un manque flagrant de communication et notamment d’une attitude hautaine, intolérante et méprisante de part et d’autre. En réalité, athées et incroyants sont des contraires qui s’attirent fortement et dont l’existence de l’un repose essentiellement sur celle de l’autre. Ce fameux problème de défaut de communication auquel nous tentons de remédier tous les jours dans le forum « Théologie », et qu'au fil des discussions, je dois avouer personnellement, que ces débats ont contribué au renforcement de ma foi.

 

C’est pour cet ensemble de raisons, et au risque que ma conclusion soit fortement mal interprétée, que je dis donc : Merci à l’athéisme !